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Les comics durant la Seconde Guerre mondiale

Captain America Comics 1 (décembre 1940)

La Seconde Guerre mondiale éclata le 1er septembre 1939 en Europe quand l’Allemagne envahit la Pologne, alliée de la France et de l’Angleterre, déclenchant le mécanisme des alliances. Les États-Unis intervinrent le 8 décembre 1941 après l’attaque des Japonais, alliés de l’Allemagne, sur la base navale de Pearl Harbor, du 7 décembre 1941. Mais avant cela les États-Unis participèrent culturellement à la guerre via les comics. En effet, Captain America, Batman, Superman… combattirent les forces de l’Axe (Allemagne nazie, Italie fasciste et Japon impérialiste) sur papier.

En 1938, les lecteurs découvrirent Superman (créé en 1933) dans Action Comics 1 chez DC Comics, vendu à 1 million d’exemplaires. Ce héros fut crée par Jerry Siegel et Joe Shuster, deux Étasuniens juifs d’origine slave brutalisés dans leur quartier, qui eurent de la compassion pour les juifs persécutés en Europe. Siegel et Shuster créèrent alors un super homme qui affronterait le mal. Dès le début ce genre nouveau fut un succès chez les lecteurs de comics habitués aux histoires d’aventuriers, de cow-boys, d’horreurs, de pirates… dans des magazines comme Pulps. L’apparition de Superman marqua la naissance de l’âge d’or des comics. Beaucoup de héros naquirent durant la guerre : Batman en 1939, Flash en 1940, Wonder Woman en 1941, Captain America en 1941, Aquaman en 1941… Certains, comme Captain America, au service de la guerre.

 

Captain America, le soldat de décembre.

En décembre 1940, Captain America apparut dans Captain America Comics 1 édité chez Timely Comics (l’ancêtre de Marvel Comics) avec la célèbre couverture où Captain boxa Hitler. Ce héros fut créé par Joe Simon, Jack Kirby, et Martin Goodman (directeur de Timely Comics), des Étasuniens juifs, touchés par la situation des Européens juifs. Captain America affronta Crâne Rouge, un allié d’Hitler.

Captain America Comics 1 (décembre 1940)

Captain America Comics 1 (décembre 1940)

Dans ce numéro, Captain America eut un bouclier triangulaire, mais dès le numéro 2 il devint circulaire, ceci pour une question de droit car le héros The Shield (Peps Comics 1, janvier 1940) avait un costume de forme triangulaire.

PepComics1

Peps Comics 1 (janvier 1940)

La grande majorité des couvertures de Captain America Comics montre Captain America, parfois avec Bucky, sauvant des prisonniers.

 

Devant le succès de Captain America Comics 1, vendu à un million d’exemplaires, Timely Comics lança Young Allies à l’été 1941 et des comics patriotiques comme USA Comics en août 1941, où le lecteur trouva Defender, Captain Terror, Captain America luttant contre des Allemands, des Japonais…

En 1941, le Président Roosevelt fit face à des problèmes comme l’infiltration d’espions allemands aux États-Unis (1). On retrouva ces espions dans Young Allies 1 (été 1941). Ce comics mit en scène Bucky (le partenaire de Captain America) et ses amis contre les ennemis de l’Amérique.

Young Allies 1 (été 1941)

Young Allies 1 (été 1941)

 

Bradford Wright, historien de la bande dessinée, explique que selon les études de marché, 70 millions d’Étasuniens lurent des comics durant la Seconde Guerre (sur une population de 133 à 139 millions de personnes). Wright explique que les BD se vendaient 10 fois mieux que les autres publications parmi les troupes à l’étranger, et que 25% des magazines expédiés aux soldats furent des comics (1).

 

Les femmes durant la guerre.

Certaines couvertures de comics mirent l’accent sur l’action des femmes civiles ou militaires. Wonder Woman (dans Sensation Comics, dans Wonder Woman) et Linda Lens (dans Camera Comics) affrontèrent les ennemis. D’ailleurs le short de Wonder Woman rappelle les couleurs et symboles du drapeau étasunien.

 

 

Les ennemis de fiction des héros.

Captain America affronta l’Allemand Crâne Rouge dès Captain America Comics 1 (décembre 1940) et Izan, un Japonais, dont le nom est le palindrome de nazi, dans Captain America Comics 23 (février 1943). Captain Marvel et Captain Marvel Junior affrontèrent Captain Nazi dès Master Comics 21 (décembre 1941).

 

 

Donald le diplomate.

Depuis les années 1930, avec la politique de bon voisinage (Good Neighbor policy), les États-Unis nouèrent des liens forts avec l’Amérique latine, et la dissuadèrent de s’allier avec les États fasciste et nazi. Avec son engagement dans la guerre, le gouvernement étasunien demanda à Disney, en perte de vitesse au début des années 1940, de représenter les États-Unis en Amérique latine. Disney utilisa le succès de Donald en Amérique latine pour y représenter les États-Unis, et créa deux partenaires aux accents latino-américains pour Donald : José Carioca, un perroquet brésilien, et Panchito, un coq mexicain. Le but des deux personnages fut de créer du lien culturel entre les deux continents américains, et un lien diplomatique pour que des États latino-américains entrent en guerre aux côtés des États-Unis.

José Carioca apparut en août 1942 avec Donald dans le film Saludos Amigos diffusé à Rio de Janeiro devant une foule conquise. Ce film fut le premier à être diffusé en Amérique latine (Brésil, Argentine) avant de l’être aux États-Unis, puis dans le reste du monde.

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Saludos Amigos, 1942

José apparut dans Walt Disney’s Comics and Stories 27 dès décembre 1942, puis dans les numéros 33, 35, 37, 48, 50, 54, 56 durant la guerre. Pour sa première apparition, José Carioca eut une histoire de plusieurs pages dans un comics où les histoires tiennent le plus souvent en une page, ce qui montre la volonté de mettre en avant ce personnage.

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Page extraite de Walt Disney’s Comics and Stories 27 (décembre 1942)

Panchito apparut en 1943 dans l’histoire La Piñata du comics Walt Disney’s Comics and Stories 35 d’août 1943, puis dans les numéros 38 et 50 de cette même série durant la guerre.

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Walt Disney’s Comics and Stories 35 (août 1943)

Walt Disney’s Comics and Stories 50 (novembre 1944) réuni Donald, Panchito et José dans une histoire intitulée Les 3 caballeros.

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Walt Disney’s Comics and Stories 50 (novembre 1944)

Panchito et José apparurent à nouveau dans le film Les trois caballeros en décembre 1944 avec Donald. Ce film sorti aux États-Unis en février 1945, mais l’histoire n’a pas de lien avec l’histoire du comics. Dans ce film, on découvrit la danseuse brésilienne Aurora Miranda (1915-2005).

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Les trois caballeros, 1944

 

Superman, l’impossible engagement.

En février 1940, le magazine Look demanda à Siegel et Shuster d’écrire une aventure où Superman mettrait fin à la guerre. Cette histoire de deux pages fut publiée le 27 février 1940 dans Look : Superman détruisit les armes sur les champs de bataille, puis enleva Adolf Hitler et Joseph Staline qu’il livra aux juges de la Société Des Nations où les deux hommes furent reconnus coupables du plus grand crime de l’Histoire et d’agression contre des pays sans défense (2).

 

Dans une histoire du Superman daily comic strips, intitulée The failure, de février 1942, Clark Kent passa une visite médicale pour devenir soldat, mais suite à une mauvaise gestion de son pouvoir optique, il fut jugé inapte, le scénariste utilisa ce moyen pour dire que les États-Unis n’auront pas besoin de Superman pour gagner la guerre (1). Les auteurs ne voulurent pas dénigrer le courage des soldats sur le terrain via un héros de fiction qui aurait réglé le conflit en une journée (3).

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Superman daily comics strips, février 1942

 

Héros en guerre.

Les couvertures mirent en avant les héros humiliant les soldats et les dirigeants des puissances de l’Axe : Hitler, Mussolini et Hirohito.

 

D’autres couvertures mirent l’accent sur les héros aidant ou menant le peuple durant la guerre.

 

 

Batman, retour vers le futur.

Dans Batman 15 de février 1943, Batman et Robin discutèrent avec un professeur de l’Université de Gotham sur l’avenir de la guerre. Le professeur imagina deux avenirs : l’un où les Allemands gagnèrent la guerre et transformèrent les États-Unis en camps de la mort où Batman et Robin résistèrent jusqu’à la mort, et un autre avenir où les États-Unis gagnèrent la guerre, et Batman et Robin neutralisèrent des nazis infiltrés à Gotham.

 

Dans Batman 26 de décembre 1944, le lecteur découvrit l’an 3000 où la Terre fut attaquée par une armée de Saturniens qui rappela l’armée nazie. Brane et Ricky, deux civils, devinrent Batman et Robin, organisèrent la résistance avec des Terriens. A la fin, on découvrit que Brane est un descendant de Bruce Wayne (Brane étant la contraction de Bruce Wayne en hommage à cet ancêtre) et que Ricky, diminutif de Richard, est peut-être un descendant de Richard « Dick » Grayson.

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Page extraite de Batman 26 (février 1944)

Ce comics fut rempli de références à la situation de la guerre : des gens qui se cachent dans des abris pour se protéger des bombardements et des soldats, l’uniforme vert des Saturniens en référence à l’uniforme kaki des soldats allemands, le chef des Saturniens nommé Fura en référence au führer Hitler, la résistance de Brane et Ricky en référence aux résistants.

Ce climat fut repris par Grant Morrison dans une planche de Batman 700 d’août 2010.

Batman 700 (août 2010)

Page extraite de Batman 700 (août 2010)

 

Drapeaux.

La couverture de America’s Best Comics 10 (juillet 1944) montra Doc Strange, The Black Terror, American Eagle, Pyroman marchant sur les dictatures d’extrême-droite allemande et japonaise. Ici Doc Strange porta un drapeau de l’U.R.S.S., ceci pour montrer l’union de ce pays et des États-Unis durant la guerre, cependant le drapeau soviétique n’apparut pas dans le comics.

America's Best Comics 10 (juillet 1944)

America’s Best Comics 10 (juillet 1944)

 

La couverture de Speed Comics 38 de juillet 1945 fut une référence à la photographie « Raising the Flag on Iwo Jima » prise le 23 février 1945 par Joe Rosenthal. Elle fut reprise dans Justice League of America 1 du New 52 dans les couvertures variantes avec les drapeaux des États des États-Unis.

 

 

Des comics pour l’effort de guerre.

Des couvertures de comics firent la promotion de l’achat d’obligations de guerre (participation financière des civils à la guerre), mais aussi dans des comics au bas des pages. Certains comics contiennent des textes écrits par des militaires à l’intention des civils dans le cadre du soutien des troupes. Dans Walt Disney’s Comics and Stories 35, il y eu une publicité pour un film Disney Victory Through Air Power (Victoire dans les airs) de 1943, un film sur l’aviation militaire étasunienne.

 

 

Le côté obscur du comics.

Gerard Jones, historien de la bande dessinée, et Jules Feiffer, dessinateur, expliquent qu’il y eut du racisme et un côté obscur dans les comics durant la Seconde Guerre (1).

Jones et Feiffer évoquent le racisme autour des personnages Noirs présentés comme trouillards et avec des traits physiques caricaturaux, alors que des Étasuniens Noirs étaient dans l’armée de leur pays (comme la légion aérienne des « Queues rouges » ou Tuskegee Airmen).

Washington « Witewash » Jones, Noir, membre des Young Allies, fut souvent représenté comme faible. Sur des couvertures, on le retrouva, par exemple, ligoté par l’ennemi (Young Allies 2, hiver 1941, Young Allies 3, printemps 1942).

 

Après l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, entre 110 000 et 120 000 Étasuniens d’origine japonaise et Japonais vivant aux États-Unis furent enfermés dans des camps (de 1942 à 1946), car ils furent suspectés d’être des ennemis des États-Unis au service du Japon. Ce qui est paradoxale car 33 000 Étasuniens d’origine japonaise participèrent à la guerre.

Jones explique que les Japonais furent représentés avec des traits physiques de rats et de démons. Feiffer explique que les Japonais furent représentés avec de l’écume aux lèvres. Ils furent aussi représentés avec des dents de vampires et des ongles griffus. Tandis que les soldats allemands ne furent pas montrés comme démons, mais comme des hommes blonds très musclés, peureux sous des dehors de malabars blonds.

 

 

Sources :

(1) Super-héros, l’éternel combat (Superheroes: A Never-Ending Battle). 2013. Documentaire de Michael Kantor et Laurence Maslon.

(2) L’histoire secrète de DC Comics (Secret Origin The Story of DC Comics). Documentaire de Mac Carter.

(3) L’incroyable histoire de Superman (The Amazing Story of Superman). 2006. Documentaire de Kevin Burns et Bryan Singer.

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